Un village remplace le photographe de mariage par un coordinateur de réactions
Les époux ont accepté d'interrompre leurs vœux à trois reprises, et la mairie annonce que le dispositif sera étendu aux baptêmes dès le printemps.

Le mariage de Marlise Aubriot et de Théodule Ferrand, célébré samedi en la chapelle de Vaudrey-les-Bruyères, s'est achevé sans qu'aucune photo du couple soit prise. La mairie avait supprimé le poste de photographe et engagé un coordinateur de réactions, chargé d'indiquer aux invités quels instants devaient les émouvoir, et à quel moment lever leur téléphone.
Le coordinateur, M. Firmin Chaumel, s'est présenté aux mariés la veille de la cérémonie avec un plan de séquence. Les vœux y figuraient en trois blocs, séparés par des pauses dites « respirations capturables ». « L'émotion ne se photographie pas, elle se réalise », a-t-il expliqué aux futurs époux, qui ont signé.
Le déroulement
La cérémonie a commencé normalement. Au moment attendu, M. Chaumel, placé près de l'autel, a levé la main. Le prêtre s'est tu. Le coordinateur s'est alors adressé à l'assemblée : « Là, il va dire qu'elle a changé sa vie. Vous pleurez. Portrait ou paysage, comme vous voulez, mais tenez stable. »
Le marié a prononcé la phrase indiquée. L'assemblée a filmé. Certains invités, ne sachant quoi filmer exactement, ont filmé les autres invités en train de filmer. Mme Aubriot a ensuite réclamé une reprise, estimant que sa réaction était sortie du cadre.
Un deuxième arrêt a eu lieu pendant l'échange des alliances. M. Chaumel avait prévu que ce moment appellerait « un sourire mouillé, pas franchement larmoyant », distinction que plusieurs convives ont jugée difficile à appliquer en direct. Les invités qui n'y parvenaient pas ont reçu la consigne de filmer leurs voisins, ces derniers étant considérés comme plus entraînés. Le troisième arrêt est survenu sans raison précise : le coordinateur a ensuite indiqué qu'il lui restait une pause au budget et qu'il valait mieux ne pas la perdre.
Les réactions
La mère de la mariée, Mme Ondine Aubriot, a quitté l'édifice au milieu du second bloc. « À mon époque, on regardait les mariés, a-t-elle déclaré sur le parvis. Le reste regarde des gens qui regardent des gens. » M. Chaumel a qualifié sa sortie d'« excellent contenu », tout en regrettant qu'elle se soit produite hors des fenêtres de tournage.
Les époux se sont dits satisfaits, faisant valoir que la cérémonie avait désormais deux publics à contenter et que les deux avaient été servis. M. Ferrand a reconnu ne pas savoir ce que disaient ses vœux, puisqu'il les lisait en vérifiant la lumière. La mairie de Vaudrey-les-Bruyères a confirmé que le dispositif serait reconduit, et étendu aux baptêmes.
M. Chaumel prépare déjà une formation pour les enterrements, où, note-t-il, les familles gaspillent encore une émotion considérable.