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The Afternoon Herald

Une couverture d'un sérieux absolu de choses qui n'ont probablement pas eu lieu, par les temps qui courent

Édition de l'après-midi
Une
Satire · Société

La gare de Poncet-le-Bas retarde son unique train du jour pour laisser aux adieux le temps d'être bien filmés

Le chef de gare estime qu'un départ non filmé est un adieu qui n'a pas eu lieu, et demande aux voyageurs de refaire leurs au revoir avec davantage de sentiment.

Édition de l'après-midi

Le train de 17h40, unique desserte quotidienne de Poncet-le-Bas, ne part plus à 17h40. Il part quand les adieux sont finis. Selon le chef de gare, M. Firmin Delacombe, la fin des adieux se constate sur images.

M. Delacombe a instauré la règle à la rentrée, après avoir remarqué que les quais de sa gare étaient devenus des plateaux de tournage improvisés. Familles séparées, couples provisoires, parents filmant un fils qui part faire son service : chaque départ donne lieu à plusieurs prises, filmées depuis la marquise, depuis le passage souterrain et, pour les plus ambitieux, depuis le champ en pente derrière le bâtiment voyageurs.

« Un au revoir non filmé, c'est un au revoir que personne n'a vu », a-t-il déclaré depuis son bureau, où une note manuscrite rappelle qu'aucun train ne part pendant qu'un téléphone est levé. « Nous sommes une petite gare, mais nous n'avons aucune raison d'avoir de petits adieux. »

Les demandes de seconde prise

Le personnel a pour consigne de signaler tout au revoir jugé faible. Une voyageuse s'étant contentée d'un signe de la main molle a été invitée à la refaire « en pensant à quelque chose de triste », selon la consigne affichée au guichet. Un retraité qui embrassait sa fille sans regarder l'objectif a dû recommencer trois fois, le contre-jour de fin d'après-midi étant jugé défavorable à l'émotion.

Les voyageurs du fond du train, qui descendent à la gare suivante pour prendre le car, signalent arriver tard au car. Ils signalent surtout ne pas être concernés par les adieux et attendre néanmoins.

« Au début je trouvais ça pénible », a déclaré une habitante, Mme Odile Ferrand, venue accompagner sa nièce. « Maintenant j'anticipe. Je pleure dès la montée à bord, comme ça on gagne une prise. »

Les suites

La municipalité, saisie par les usagers pressés, a créé une commission, qui a rendu un avis favorable à la pratique, au motif que la gare figure désormais dans des vidéos vues ailleurs que dans la vallée. Le maire parle de « fenêtre sur le monde ». La fenêtre en question donne sur le champ en pente.

M. Delacombe prépare la saison d'hiver. Les journées courtes réduisant la lumière naturelle, il envisage de demander au réseau des projecteurs, et aux familles de grandes larmes. Le train de 17h40, lui, est désormais annoncé à l'écran du quai comme un « départ sur adieux », sans horaire indicatif.