Le tableau d'affichage du village exige désormais une photo de son auteur en train d'avoir l'air sincère
La mairie de Montbrun-des-Trois-Chênes estime que la nouvelle mesure a déjà rétabli la confiance, et trois habitants ont demandé une seconde photo.

Le conseil municipal de Montbrun-des-Trois-Chênes a adopté, à l'issue d'un débat que le maire a qualifié de « bref mais intègre », l'interdiction des affiches non signées sur le tableau communal situé entre la boulangerie et l'ancienne fontaine. Toute annonce doit désormais porter le nom de son auteur et une photographie de celui-ci, en couleurs, « avec une expression jugée sincère ».
La décision fait suite à une période durant laquelle les habitants avaient pris l'habitude de déchirer les avis anonymes avant de les avoir lus. Une proposition de sortie collective de cardes à laine a été lacérée quatre fois. Un avis concernant la dispersion de gravats gratuits a été retiré par un riverain qui a ensuite déclaré avoir agi « par principe, sans vérifier ».
Les critères de la sincérité
Le règlement précise ce qu'est une expression sincère. La photo doit montrer un visage tourné vers l'objectif, les yeux ouverts, sans lunettes de soleil, sans costume de fête et sans animal sur l'épaule. Les sourires sont tolérés mais « retenus ». Un comité de trois élus, renouvelé chaque trimestre, délivre les agréments.
Mme Raymonde Pélissier, première adjointe et présidente du comité, a indiqué que les premières semaines d'application s'étaient déroulées sans incident majeur. « Nous avons refusé deux photos, une parce que le sujet clignait et une parce qu'on devinait qu'il pensait à autre chose », a-t-elle déclaré.
M. Gérard Vatel, qui affiche chaque semaine la vente de plants de tomates, a dû refaire sa photographie à trois reprises. Il décrit désormais ses émotions devant le miroir avant chaque prise de vue. « Je me dis : Gérard, ces plants, tu y crois. Parfois j'y crois. Parfois j'ajoute des courgettes pour être convaincant », a-t-il expliqué.
Ce que devient le tableau
Les effets de la mesure dépassent les prévisions du conseil. Les avis funéraires sont revenus sur le tableau après deux ans d'absence, chaque famille s'étant auparavant disputée la photo à fournir. La chorale paroissiale a recruté quatre membres, ce que son chef attribue à « une affiche enfin digne de ce nom ».
Deux habitants ont proposé d'étendre le système aux conversations du café de la place, où l'on s'adresserait à autrui uniquement après présentation d'une photographie agréée. Le conseil a renvoyé la question à l'étude.
M. Antoine Bresson, qui a fait l'objet d'une photo refusée pour excès de sincérité, a saisi la commission départementale d'appel. Celle-ci s'est réunie et a voté une résolution sur la sincérité des photos annexées aux résolutions. Le texte sera affiché dès que sa photo sera prête.