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The Afternoon Herald

Une couverture d'un sérieux absolu de choses qui n'ont probablement pas eu lieu, par les temps qui courent

Édition de l'après-midi
Une
Satire · Société

Le jardin d'à côté ne se mange plus, décide le club de Malvacher-la-Presse

Les tomates seront achetées au marché voisin ; les courgettes restent en terre jusqu'à ce que la caméra ait fini son plan.

Édition de l'après-midi

Le club horticole des Quatre Coins, à Malvacher-la-Presse, a voté de ne plus consommer sa propre récolte. Les légumes des carrés collectifs, jugés plus utiles en image qu'en bouche, seront désormais laissés intacts jusqu'à ce qu'ils se décomposent sur place.

« Manger un poireau, c'est lui couper la tête avant midi et se retrouver avec rien à photographier l'après-midi », a expliqué la présidente, Madame Henriette Villard, devant une haie de framboisiers que personne n'a plus le droit d'effleurer. « Un poireau en terre, lui, tient trois semaines de contenu. »

Le vote

La décision fait suite à une expérience menée au printemps par le trésorier adjoint, Monsieur Gilbert Frêne, qui a pesé les deux usages de la même planche de radis. La moitié cueillie et servie en salade a produit trois photographies. La moitié laissée en place, arrosée à heure fixe et tondue autour d'elle, a produit ce que le compte de la société qualifie de « sa meilleure série de l'année ». Le secrétariat précise qu'aucun radis n'a été goûté, par souci d'équité entre les deux groupes.

La buvette annuelle du club sera maintenue. Ses haricots verts viendront désormais de l'épicerie du chef-lieu, livrés dans un panier d'osier que le comité a fait confectionner pour ressembler à un panier de récolte. Madame Villard insiste sur la distinction : « Le panier, il peut être photographié. Les haricots, eux, sont des figurants. »

La saison des paniers

La nouvelle a atteint les communes voisines plus vite que le courrier du canton. Le club des Jardins du Ruisseau, à Vaulneuf, a réagi par voie d'affiche, déplorant « une dérive » et invitant ses propres adhérents à continuer de manger leurs tomates, fût-ce « en vidéo, si nécessaire ». L'affiche a été photographiée et partagée par le club de Malvacher, qui en a fait son épinglé du mois.

Le gîte de la Feuillée, qui loue ses chambres à des visiteurs venus « voir les potagers vivants », a demandé que les courges ne soient déplacées en aucun cas avant la Saint-Michel. Le club a accordé la clause, avec une dérogation pour la gelée blanche, que les adhérents pourront filmer à titre privé.

La suite

Le comité étudie l'achat d'une véranda pour la saison froide, afin que les dernières tomates vertes puissent mûrir devant la fenêtre plutôt que dans le compotier. Un adhérent, interrogé au moment du départ de l'assemblée, a déclaré regretter le goût des fraises d'antan, avant de se reprendre : « Mais enfin, quand je vois ce qu'elles rendent en lumière rasante, ce n'est pas comparable. »

La prochaine réunion portera sur le compost, dont le tas sera déplacé derrière la haie, hors du cadre.