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The Afternoon Herald

Une couverture d'un sérieux absolu de choses qui n'ont probablement pas eu lieu, par les temps qui courent

Édition de l'après-midi
Une
Satire · Opinion

Une réconciliation villageoise est déclarée nulle par deux essayistes que les familles rivales avaient engagés pour l'expliquer

Concurrencés par une analyse adverse, les deux essayistes exigent désormais que le maire désigne publiquement celle qui fait foi.

Édition de l'après-midi

La paix est revenue à Malpré-sur-Onde, un village de l'intérieur des terres où deux familles s'opposaient depuis une génération au sujet d'un droit de passage entre deux prés. Personne n'a filmé la scène. Personne n'a publié de communiqué. Les parties se sont serré la main un mardi matin, près de la salle des fêtes, puis sont allées déjeuner.

L'absence de documents a été jugée intolérable par les deux familles elles-mêmes. Chacune a engagé un essayiste pour expliquer publiquement ce que le dénouement signifiait, l'ensemble de l'affaire n'ayant laissé ni baladodiffusion ni fil d'actualité susceptible d'être commenté. La famille Berthelin retient M. Aurèle van der Bruyère, auteur d'un essai sur la disparition des conflits ordinaires. La famille Loiseau-Domenger retient Mme Gilberthe Aubertin-Toncins, qui anime une série de baladodiffusions sur les médiations oubliées.

Deux lectures irréconciliables

M. van der Bruyère a qualifié la réconciliation de « moment anthropologique majeur » et de « résistance silencieuse à l'économie de l'attention ». Mme Aubertin-Toncins estime au contraire que la discrétion de l'accord est une fuite : « Ce village a refusé d'assumer son conflit devant le public qui, seul, peut le légitimer. C'est un repli, pas une victoire. »

M. van der Bruyère a répondu que ce raisonnement « confond la scène et la chambre ». Mme Aubertin-Toncins a répondu que cette phrase « n'était pas une phrase ». Depuis, les deux publient chaque matin une réfutation de la réfutation de la veille, chacune comptant plus de mots que l'ensemble de ce que les deux familles se sont dit en quarante ans.

Les Berthelin soutiennent que leur essayiste a raison. Les Loiseau-Domenger soutiennent que le leur a raison plus tôt. Les deux maisons s'étaient réconciliées un mardi ; elles ont cessé de se parler le jeudi suivant.

Le village consulté

Le maire, M. Prospère Lamouche, a été prié par les deux camps de trancher publiquement. Il a fait savoir qu'il avait surtout demandé aux familles de refermer le portail, ce qui était le fond de l'affaire. Le portail est refermé. La réconciliation, elle, continue de faire l'objet de mises à jour quotidiennes, chacune assortie d'un avertissement : l'analyse adverse procéderait d'un salariat caché, ce qui est exact, les deux salaires étant payés.

Un troisième essayiste, spécialiste des conflits entre essayistes, a annoncé lundi qu'il préparerait une synthèse. Les deux premiers l'ont qualifiée, dans un communiqué commun, de « prématurée ». C'est la première chose qu'ils signent ensemble. Aucun des deux ne s'est déplacé à Malpré-sur-Onde : M. van der Bruyère explique qu'il ne veut pas « contaminer le terrain de son regard », et Mme Aubertin-Toncins qu'elle ne veut pas contaminer le regard de son terrain. Les deux formules sont revendiquées comme originales.