La chorale de Saint-Olin exige de ses membres d'interpréter leurs propres funérailles de leur vivant
Les enregistrements sont conservés à la mairie, et la cheffe de chœur, Mme Brossard, a déjà fait refaire certaines prestations qu'elle jugeait inférieures.

La chorale communale de Saint-Olin a adopté un règlement obligeant chacun de ses membres à chanter ses propres obsèques avant de mourir. L'assemblée générale a suivi l'avis du comité directeur sans discussion, un choriste ayant quitté la salle avant le vote. Les séquences sont filmées, montées et archivées dans une armoire ignifugée de la mairie, prêtes à être diffusées le jour venu.
« C'est une question de continuité artistique », a expliqué la cheffe de chœur, Mme Hedwige Brossard. « Un enterrement, ça s'improvise mal. Nous, on improvise encore moins que les autres. »
La répétition générale
Chaque choriste choisit son programme, ses cierges et le placement des figurants. M. Anatole Pichon, baryton et retraité de la perception, a tourné ses funérailles au printemps, en deux sessions, la première ayant été jugée « trop gaie » par le comité d'écoute de la chorale. Sa seconde tentative, filmée un mercredi pluvieux, a obtenu une ovation debout de la part de ses collègues, qui tenaient le rôle du public affligé.
« On a pris l'habitude d'applaudir à la fin, même si techniquement je suis encore vivant », a reconnu M. Pichon. « C'est gênant pour tout le monde, mais le son est meilleur quand on applaudit. »
Deux membres ont déjà refait leur prestation à la demande de Mme Brossard, qui cite « le souffle sur les graves » et « un regard caméra insuffisamment éteint ». Une choriste a quant à elle réclamé un troisième tournage, que la mairie a refusé au motif que la salle des fêtes était réservée pour la kermesse.
Les réactions au village
La première diffusion officielle d'un enregistrement a eu lieu cet été, lors des funérailles d'un ancien ténor de l'ensemble. Plusieurs habitants ont exprimé leur déception, la prestation posthume étant strictement identique à celle répétée en public trois ans plus tôt. « On connaissait déjà les morceaux », a regretté une voisine. « Il y avait plus de surprise à son mariage. »
La veuve du défunt a déposé une réclamation écrite estimant que son mari, ce jour-là, avait chanté « en dessous de sa forme », et a demandé que la version de la mairie soit remplacée par un enregistrement domestique où l'on entend le disparu fredonner en sortant du bain. Le maire a promis d'étudier le dossier.
La suite
Le règlement sera soumis à révision l'an prochain, la chorale envisageant d'y ajouter les noces, les baptêmes et « toute cérémonie où un choriste manquerait à l'appel ». Trois nouveaux choristes se sont inscrits en septembre, attirés, selon Mme Brossard, par « la possibilité de contrôler son dernier concert ». Leurs funérailles respectives sont d'ores et déjà programmées à l'essai, les samedis matin, hors vacances scolaires.