La société d’histoire de Malvergues reconstitue des batailles qui n’ont jamais eu lieu
Le comité de programmation se réunit désormais chaque mardi pour choisir les guerres à rejouer, faute de registres assez spectaculaires.

La Société d’histoire et de mémoire de Malvergues a présenté samedi sa première reconstitution de la bataille du pont de chaume, événement fondateur du village qui n’a eu lieu à aucune date identifiable. Une centaine de bénévoles en costume a chargé au pas de course sur les berges du ruisseau, sous les applaudissements et les téléphones levés.
La bataille du pont de chaume n’apparaît dans aucun registre paroissial, aucun cadastre, aucune chronique locale. Elle figure en revanche en tête de la page de la société, où elle a suscité plus de réactions en une semaine que la totalité des publications consacrées à l’histoire réelle du village depuis la création du compte.
Le président, M. Barthélemy Rouvray, a détaillé la méthode. Les reconstitutions des faits avérés — un différend de bornage en 1743, un incendie de grange en 1908 — tenaient en une photo et trois réactions, dont deux de sa belle-sœur. « La vérité, sur ce format, ne nourrit pas son monde », a-t-il constaté.
Le protocole
Le protocole est écrit. Chaque bataille inventée doit comporter un élément d’eau, un drapeau et un traître, car ces trois éléments génèrent le plus de partages. Le traître reçoit un nom, une maison dans le village actuel et, depuis la troisième semaine, une lignée que les adhérents peuvent incarner lors des reconstitutions. Trois familles de Malvergues se disputent déjà le rôle.
Un stage de scénario de bataille est prévu en novembre. Il sera animé par M. Rouvray et par la trésorière, Mme Odile Bavent, qui a suivi une formation en narration émotionnelle par visioconférence. « On ne vend pas des faits, on vend du vécu », a expliqué Mme Bavent, avant de préciser que le vécu concerné restait celui de personnes n’ayant jamais existé.
La contestation
L’ancien archiviste de la société, M. Firmin Castel, a démissionné en juillet. Il conteste l’idée que la bataille du pont de chaume puisse être présentée comme locale. « Le ruisseau est réel, a-t-il reconnu. Le reste est de la fiction déclarée, et encore. » Il a fondé un contre-compte consacré aux faits vérifiables, suivi par sa femme et, depuis peu, par la belle-sœur de M. Rouvray.
M. Rouvray a répondu que la bataille suivante, prévue en décembre, opposerait les gens de Malvergues aux gens du hameau voisin, sur la place du lavoir, avec des tonneaux. Le hameau a déjà réagi en ligne. Sa société d’histoire, qui n’envisageait jusqu’ici aucune reconstitution, a annoncé la formation de ses propres bénévoles.