Les pompiers de Montfrileux priés de laisser la grange finir son plan
La commune envisage désormais de créer un poste de pompier chargé des horaires de tournage, la sécurité restant officiellement sa priorité.

La brigade volontaire de Montfrileux, hameau réputé pour sa foire aux confitures, a reçu mercredi soir l'ordre inhabituel de ralentir. Alors que la grange des frères Aubanel s'embrasait, le capitaine Marceau Vidal a été prié, par message écrit, de « laisser le feu s'exprimer encore un peu ».
Le motif figure noir sur blanc dans les échanges consultés par ce journal : les flammes venaient d'entrer dans les tendances locales, et l'équipe chargée de filmer l'évacuation des vaches jugerait son plan d'ouverture « trop plat » si l'on intervenait immédiatement.
La demande
Le message, signé du responsable de la communication de la brigade, précisait que « le public attend désormais un spectacle » et que « sécher la grange trop vite, c'est priver le village de son récit ». Il souhaitait notamment que l'on attende l'effondrement du clocheton, « moment attendu depuis le début », avant de sortir la lance.
Le capitaine Vidal a obéi en partie. Il a fait tourner les portes arrière des camions face aux badauds, pour ne pas gâcher le cadre, puis il a perdu patience et éteint l'incendie.
Les explications
Contacté, le responsable de la communication, un ancien vendeur de tapis nommé Gaspard Rieubon, a défendu la consigne. « Un feu qui ne se regarde pas est un feu qui n'existe pas, a-t-il déclaré depuis le siège de son tabouret pliant. Le village a enfin une audience. Il serait dommage de la noyer au premier jet. »
Il a ensuite reconnu ne pas savoir actionner une lance, ajoutant qu'il « apportait autre chose ».
Le maire, Mme Hermine Castang, a indiqué que la commune étudierait la création d'un poste de pompier chargé des horaires de tournage. « La sécurité reste notre priorité, a-t-elle assuré devant sa propre caméra, installée pour l'occasion sur un trépied emprunté à la salle des fêtes. Mais une priorité qui ne rassemble personne n'est qu'une priorité mouillée. »
Les suites
Les frères Aubanel, propriétaires de la grange, ont découvert leur sinistre par des commentaires de sympathie déposés sous les images. L'aîné, Marius, a confirmé au journal qu'un second bâtiment était « en projet ». Le maire a aussitôt demandé le calendrier de l'embrasement, pour prévoir la couverture.
Le capitaine Vidal, lui, a publié sa propre version des faits, filmée pendant qu'il arrosait ce qui restait. La séquence dure trois minutes et s'ouvre sur son casque, posé sur une clôture, dans la lumière du soir.